L’énergie nucléaire est coûteuse

Construire une centrale nucléaire est un risque financier

L’énergie nucléaire n’est pas un choix économique intéressant. Des études de Citibank et de l’Agence internationale de l’Énergie atomique, entre autres, montrent que la construction et la gestion d’une nouvelle centrale nucléaire entraînent d’énormes risques technologiques et financiers. Ces risques sont dus entre autres aux coûts élevés de construction, aux retards probables lors de la construction et à l’incertitude concernant les prix de l’énergie. L’analyse « New Nuclear – the economics say no » du Groupe Citibank conclut que « certains risques que courent les promoteurs sont si grands et si variables que même chacun de ces risques pris séparément pourrait mettre sur les genoux la plus grande entreprise énergétique. »

Les rares exemples de nouvelles centrales nucléaires déjà en construction, comme Olkiluoto 3 en Finlande, sont significatifs. La construction de cette nouvelle centrale qui devait produire de l’électricité dès mai 2009 a débuté en 2004. Mais en raison de multiples retards, la production d’électricité ne débutera pas avant 2018. En outre, le budget pour la construction de la centrale atteint des sommets. Il était initialement question d’un investissement de trois milliards d’euros, le budget actuel est déjà de plus de huit milliards d’euros.
L’avenir économique de l’énergie nucléaire sur les marchés libéralisés est donc particulièrement incertain. Un capital important étant nécessaire pour la construction d’une centrale nucléaire, de nouvelles centrales ne peuvent voir le jour qu’avec un soutien généreux de l’Etat. Le Royaume-Uni confirme. En 2014, la Commission européenne a autorisé le Royaume-Uni à attribuer d’importants subsides à Électricité de France (EDF) pour la construction d’une nouvelle centrale nucléaire. Les Britanniques peuvent donc s’attendre à un solide supplément sur leur facture énergétique pendant 35 ans.

L’énergie renouvelable est de moins en moins coûteuse

L’énergie nucléaire est la seule technologie énergétique dont le prix a augmenté au cours des dernières années au lieu de baisser ; elle affiche une « courbe d’apprentissage négative » comme l’illustre la figure 3.

Figure 3 – Coûts de construction minimum et maximum pour un réacteur nucléaire pour l’année de la réception (pour la France et les États-Unis) par rapport à la capacité cumulative atteinte (source : climateprogress)

Dans le même temps, l’énergie solaire et l’énergie éolienne deviennent de moins en moins coûteuses. Il est aujourd’hui possible de placer des panneaux solaires en Flandre sans subsides. À travers le monde, le coût des panneaux solaires a baissé de 66 % entre 2010 et 2015 ; celui de l’éolien de 30 %.

Différentes études prouvent que l’énergie renouvelable est le choix du futur et le plus intéressant financièrement pour un système électrique sans CO2.

Les anciennes centrales nucléaires ne sont pas synonymes d’une facture d’électricité moins élevée

Une prolongation de la durée de vie de nos centrales nucléaires ne va pas faire baisser la facture énergétique, en tout cas pas pour les petits consommateurs comme les familles et les PME.

La composition du prix de l’énergie est complexe et se forme sur des marchés de l’énergie couplés à l’échelle européenne. Le niveau du prix de l’énergie dépend non seulement des différentes sources qui fournissent cette énergie, mais aussi de l’ampleur du couplage avec le pays voisins, de la concurrence entre les différents acteurs, etc. Il est cependant clair que la combinaison d’une charge de base électrique très importante (énergie nucléaire en Belgique et lignite en Allemagne) et d’une quantité croissante d’énergie solaire et éolienne, gratuite, fait fortement diminuer les prix sur le marché de gros de l’électricité.

Les grands consommateurs industriels profitent de cette baisse des prix de l’énergie, contrairement au petit consommateur comme vous et moi. L’industrie achète son électricité directement sur le marché de gros, ou négocie des contrats énergétiques avantageux avec de grands producteurs d’énergie comme le producteur nucléaire Electrabel. En outre, l’industrie est en grande partie exemptée du soutien à l’énergie renouvelable. Les coûts de contribution au réseau et les différentes redevances constituent pour le petit consommateur la plus grande partie de la facture énergétique, et continuent à augmenter année après année.

En raison des faibles prix de l’énergie sur les marchés de l’énergie, aucune nouvelle centrale énergétique n’est construite aujourd’hui sans soutien financier. L’énergie renouvelable n’est pas la seule à avoir besoin d’aide pour être rentable, les centrales au gaz viennent aussi demander des subsides. La prolongation de la durée de vie des centrales nucléaire entraînera une nouvelle poussée vers le bas des prix de l’énergie sur le marché de gros. Le gaz et les énergies renouvelables vont par conséquent avoir besoin de plus d’aide. Qui paiera ce soutien supplémentaire ? Pas l’industrie, mais bien les petits consommateurs.

Maintenir Doel 1 et Doel 2 ouvertes coûte une fortune au citoyen

L’argent nécessaire pour prolonger la durée de vie de Doel 1 et de Doel 2 est dépensé inutilement. Le rafistolage de Doel 1 et de Doel 2 coûterait 700 millions d’euros. Electrabel investit plus de 600 millions dans Tihange 1. Cet argent pourrait être bien mieux investi dans des alternatives durables rentables à court terme.

Le grand gagnant dans cette histoire est Electrabel qui réalise des bénéfices injustes grâce aux centrales nucléaires amorties. En outre, Electrabel a négocié des accords en coulisses avec le Gouvernement. Le géant de l’énergie s’est ainsi vu rembourser ses investissements (par une réduction de la rente nucléaire), et l’entreprise empoche une belle indemnisation si le Gouvernement décide de revenir sur la prolongation de la durée de vie des centrales. Toute nouvelle redevance sur la propriété ou l’exploitation des centrales nucléaires est exclue. Une taxe sur le combustible nucléaire, suivant le modèle allemand, est donc impossible.

De plus, cette rente nucléaire est entièrement déductible pour l’impôt des sociétés et les exploitants en récupèrent une grande partie. Pour Tihange 1, cela va si loin qu’Electrabel peut décider unilatéralement de fermer la centrale nucléaire si celle-ci n’est plus rentable. Mais si c’est le Gouvernement qui prend cette décision, il doit payer une indemnisation. Ces avantages généreux ressemblent fort à un soutien de l’État et menacent de constituer une violation des règles de concurrence européennes, c’est entre autres l’avis du Conseil d’État.
Le conseil d’État a d’ailleurs fait comprendre de manière répétée que de tels accords n’avaient pas leur place dans une convention. Nos décideurs doivent régler de telles décisions par une loi, et non par un marchandage politique.