L’énergie nucléaire n’est pas sûre

Les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima montrent les risques énormes liés à l’énergie nucléaire et nous apprennent que des exigences très strictes en termes de sécurité sont une nécessité absolue. Nos ministres font toutefois l’inverse : ils se cramponnent à des réacteurs nucléaires dépassés et réduisent en même temps les exigences en matière de sécurité. Le risque d’accident augmente ainsi année après année.

Les leçons de Tchernobyl et de Fukushima

La présence de centrales nucléaires implique en soi des risques importants en termes de sécurité. Les catastrophes nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima sont des exemples qui illustrent bien l’échelle et l’impact de ces risques. L’impact de ces catastrophes sur la santé des riverains et sur l’environnement est énorme. Des millions de personnes ont été exposées à de grandes quantités de substances radioactives, des dizaines de milliers mourant des suites de ces catastrophes.

En cas d’exposition à un rayonnement radioactif, le tissu cellulaire dans notre corps est attaqué. Ce qui entraîne l’apparition de cancers, de tumeurs ou d’affections héréditaires. La plupart des victimes décédées lors de la catastrophe de Tchernobyl ont succombé à des maladies liées à une irradiation trop élevée.

Parallèlement aux catastrophes nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima, des incidents ont lieu régulièrement, partout dans le monde, dans des centrales nucléaires. Ces incidents passent cependant souvent inaperçus. Dans certains cas, comme en 2002 dans la centrale nucléaire de Davis-Besse (Ohio), une catastrophe nucléaire de grande ampleur a été évitée juste à temps, et plutôt par hasard.

Les défenseurs de l’énergie nucléaire relativisent les risques et estiment que le risque d’une catastrophe nucléaire grave en Belgique est « particulièrement faible ». Des études scientifiques montrent cependant que le risque d’accident nucléaire grave est 200 fois plus élevé qu’attendu et que les habitants d’Europe de l’Ouest courent le plus grand risque de contamination radioactive dans le monde.

En outre, vu l’ampleur et l’impact immense qu’aurait une catastrophe nucléaire, souhaitons-nous réellement prendre un risque même « particulièrement faible » ?
Chez nous, en Belgique, la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires les plus anciennes signifie rajouter à cela des risques supplémentaires inacceptables en termes de sécurité.

Les centrales nucléaires belges sont parmi les plus vieilles au monde

Le risque d’accident dans nos centrales nucléaires dépassées augmente d’année en année. Les premiers signes de vieillesse des réacteurs nucléaires commencent à apparaître après environ vingt ans. Cela veut dire que tous les réacteurs de Doel et Tihange doivent y faire face en ce moment. Ces phénomènes de vieillissement peuvent entraîner la défaillance de composants de sécurité essentiels et ne sont pas toujours détectables lors d’inspections.

Les plus vieilles centrales nucléaires belges (Doel 1, Doel 2 et Tihange 1) ont été construites à l’époque où ABBA passait pour la première fois à la radio. La technologie de ce type de centrales est dépassée, leur utilisation exige donc des mesures de sécurité supplémentaires. C’est ce qu’ont montré les tests de sécurité (« stress tests ») imposés par l’Europe en 2012 (juste après la catastrophe nucléaire de Fukushima). Une analyse critique indépendante des résultats de ces stress tests par des experts en sécurité nucléaire a même ordonné la fermeture immédiate de Doel 1, de Doel 2 et de Tihange 1 car les risques y seraient trop grands. , Mais, au lieu de fermer ces centrales, notre gouvernement a décidé de prolonger leur durée de vie de dix ans.

Centrales microfissurées

En 2012, des microfissures ont été trouvées à Doel 3 et à Tihange 2, dans l’épaisse paroi d’acier de la cuve du réacteur. Les centrales ont été mises à l’arrêt pendant un an pour examen, mais ont été remises en service en 2013 (avant la fin de l’ensemble des tests). Quelques mois plus tard, les centrales ont à nouveau été fermées car des tests montraient que les parois des cuves des réacteurs étaient touchées. En février 2015, des milliers de nouvelles fissures ont été observées. Il est en outre apparu que ces microfissures étaient plus grandes qu’on ne le pensait. Au total, les chercheurs ont découvert pas moins de 3 000 microfissures dans le réacteur nucléaire de Tihange 2 et pas moins de 13 000 à Doel 3.
Malgré cela, l’Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN) a donné le feu vert pour le redémarrage des réacteurs microfissurés fin 2015. Et ce alors que ni l’exploitant Electrabel, ni l’AFCN ne savent encore aujourd’hui dire avec certitude quelle est la cause de ces microfissures dans les cuves des réacteurs. Il n’y a de plus aucune garantie que ces microfissures ne continueront pas d’évoluer sous la forte pression et le processus constant de fission nucléaire. , La cuve d’un réacteur est un élément essentiel pour la sécurité d’un réacteur nucléaire. Si l’intégrité de la cuve n’est pas assurée à 100 %, une fermeture définitive est la seule option. C’est également la conclusion d’une étude indépendante menée début 2016.

Doel est le site nucléaire le plus densément peuplé d’Europe

En Belgique, les risques de l’énergie nucléaire sont particulièrement importants en raison de la grande densité de population. Doel est le site nucléaire le plus densément peuplé d’Europe : dans un rayon de 75 km autour de Doel vivent pas moins de neuf millions de personnes. Une catastrophe nucléaire à Doel exposerait des millions de personnes au rayonnement radioactif et signifierait la faillite de la Belgique. Les centrales nucléaires belges grippées représentent aussi une menace pour les pays voisins. L’Allemagne et les Pays-Bas s’inquiètent, Aix-la-Chapelle et Maastricht ont déjà annoncé qu’elles souhaitaient obtenir judiciairement la fermeture de Tihange.

Dans le même temps, les exigences en termes de sécurité sont revues à la baisse

Alors que le risque en matière de sécurité augmente avec les années, l’Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN) revoit à la baisse les exigences en matière de sécurité de nos centrales nucléaires.

En 2009, le conseil scientifique de l’AFCN exigeait encore que Doel 1 et Doel 2 satisfassent au niveau de sécurité du type de centrale nucléaire le plus récent, comme on en construit en France et en Finlande. En 2014, l’AFCN a revu cette exigence à la baisse pour l’amener au niveau de sécurité des « réacteurs les plus sûrs en Belgique » : Doel 4 et Tihange 3. Il s’agit de centrales mises en service à peine dix ans après Doel 1 et Doel 2 et à peine plus sûres que ces ancêtres.
En 2015, l’AFCN a approuvé la prolongation de la durée de vie de Doel 1 et de Doel 2. De nombreuses mesures que l’AFCN estimait auparavant nécessaires pour une exploitation sûre ont été postposées de plusieurs années ou ne sont soudain plus nécessaires. Comment justifier le fait de laisser tourner ces centrales aujourd’hui et permettre la réalisation des mesures de sécurités afférentes que cinq ans plus tard ?

L’énergie nucléaire est liée aux armes atomiques

Le plutonium 239 est un sous-produit de la plupart des centrales nucléaires ; il s’agit de la matière première nécessaire à la fabrication d’armes nucléaires. Même si la plupart des pays affirment que la production d’énergie nucléaire et l’utilisation militaire du plutonium sont strictement séparées, il ne peut être exclu que le plutonium produit soit utilisé dans des armes. Presque tous les pays qui ont développé illégalement des armes atomiques l’ont fait sous le couvert de programmes nucléaires « civils ». Selon le GIEC, le groupe d’experts des Nations unies sur le climat, les risques sécuritaires d’une application à grande échelle de l’énergie nucléaire pour contrer les changements climatiques seraient « énormes ».

Les réacteurs d’un éventuel nouveau type d’énergie nucléaire (la quatrième génération, ou Gen IV), sur lesquels les ingénieurs travaillent en vain depuis des décennies, comportent aussi un grand risque pour le développement d’armes nucléaires. Vous trouverez ici davantage d’informations concernant ce type d’énergie nucléaire.